Sommet du G20 Pittsburgh : qui est le coupable ?

septembre 24, 2009

2009_09_25_PittsburghCalmer le mécontentement de l’opinion public

 Le sommet du G20 de Pittsburgh qui réunit les 20 plus grandes puissances économiques de la planète doit donc s’entendre sur les nouvelles règles à mettre en place pour limiter folies et imprudences du système financier mondial. Une dizaine de réformes devraient voir le jour. La plus populaire et qui concentre l’attention de l’opinion publique est bien sûr la rémunération des traders, même si la limitation des bonus, factuellement, ne règle en rien le problème.

Le problème de fond : la suppression de la loi dite « Glass Steagall Act »

Car bien malheureusement ce sommet est plus fait pour calmer le mécontentement de l’opinion publique que pour résoudre véritablement le problème de fond.

Lequel est-il ? C’est suppression de la loi dite « Glass Steagall Act », loi qui a été votée en 1933 à l’issu de la catastrophe financière de 1929 pour éviter que les mêmes erreurs se reproduisent. Elle a été supprimée en novembre 1999 par le sénat américain sous la présidence Clinton et bien sûr les mêmes erreurs se sont reproduites aboutissant à la catastrophe de septembre 2008 avec la faille de la banque d’affaires Lehman Brothers.

Que dit cette loi du « Glass Steagall Act » ?

Le Glass-Steagall Act distingue deux métiers bancaires :
1.la banque de détail (ou banque de dépôt) avec ses guichets pour recevoir la clientèle, collecter l’épargne et accorder les crédits aux ménages et aux entreprises.
2. La banque d’investissement (ou banque d’affaires) qui fait des placements sur les marchés financiers (les bourses mondiales) et qui spéculent grâce à leurs traders.

Une banque devait choisir son camps : elle était soit banque de détail soit banque d’investissement.

La cumulation des 2 était impossible car trop dangereuse pour l’économie et qui avait entraînée la crise économique de 1929. Pourquoi dangereuse ? Car la banque d’investissement qui spécule est très lucrative. Si elle permet de réaliser des profits records le revers de la médaille est que les risques pris sont importants. Le danger de faillite réel de la banque d’investissement ne doit pas entraîner la faillite de la banque de détail vitale pour l’économie. Bref ce qui s’est passé en 1929 et en septembre 2008.

Pour limiter simplement les abus du système financier il suffirait simplement de remettre en place cette loi du Glass-Steagall Act qui sépare banque de détail et banque d’investissement. Si les banques d’investissements recommencent les mêmes pratiques (ce qui est bien le cas) avec leurs imprudences elles pourront faire faillite sans menacer le système économique. Bien sûr les Etats ne viendraient pas à leur secours et dépenser l’argent du contribuable pour les sauver.

Qui sont les coupables?

Conclusion : les vrais coupables sont l’administration Clinton et ceux au sénat américain qui ont voté cette l’annulation du Glass-Steagall Act. Mais c’est si simple de taper sur les traders, coupables tous désignés et politiquement très payant.

Enfin, les banques savent que les Etats interviendront encore une fois si elles sont, à nouveau, menacées de faillite. Bref elles se sentent immortelles comme le dit Alain Minc. Alors pourquoi se gêner ?


Finance (partie 2) – Quelle est l’origine de la prise de pouvoir du système financier mondial?

septembre 1, 2009

2009_009_01_trader_2Quelle est l’origine de ce système financier mondial complètement débridé ? Comment a été a mis en place ce système, cette financiarisation de l’économie? L’origine remonte au début des années 80. A l’époque, le milieu économique et politique pensait qu’il était indispensable de déréglementer à tout va la finance mondiale, d’en faire un pilier de l’économie réelle et d’ accorder, à ce système financier mondial, une totale liberté de faire n’importe quoi. Un principe de liberté d’autant plus important à opposer au bloc des pays soviétiques sanctuaire du dirigisme et de l’oppression.

En France, par exemple, à partir de 1984 avec le gouvernement Fabius, il y avait la volonté de faire de la bourse de Paris une place financière majeure, d’où une totale déréglementation comme toutes les autres bourses mondiales. Aujourd’hui la Bourse de Paris, est absorbée par son concurrent américain NYSE (New York Stock Exchange) qui ne représente que la 5ème place mondiale. C’est donc raté et on hérite d’un système pervers, une sorte de monstre, dont profitent les banques et qui font du trading, l’une des professions les mieux payées.

 La faute à Fabius ? Facile ! Il n’a fait que suivre l’idée dominante du moment. Même si après tout ce ne sont pas les banques qui on mis ce système financier totalement déréglementé en place , par contre elles s’emploient à un lobbying infernal pour conserver ce système qui leur assure un profit facile surtout chez les banquiers américains : les 2 derniers secrétaires d’Etat au Trésor américain (équivalent d’un poste de ministre des finance et de l’économie en France) sont issus de la puissante banque d’affaires Goldman Sachs.


Finance (partie 1) – Bonus des Traders : une vérité pas bonne à dire pour éviter les questions gênantes

août 30, 2009

2009_08_30_trader_bonusIl ne fait pas bon de s’avouer « Trader » surtout après la révélation des bonus « mirobolants » que ceux-ci touchent alors que le chômage continue sa progression. Choquant surtout si on fait parti des victimes de la crise (de plus en plus nombreux) où les fins de mois sont difficiles.

Mais on oublie un peu vite que les Traders n’ont pas volé cet argent, ils l’ont bien gagné et ont permis des bénéfices à leurs banques. BNP- Paribas le justifiait par le respect du contrat de travail. Le pire c’est que c’est bien vrai !
Tout le monde peu devenir Trader. Sauf qu’au final il y a très peu d’élus. Même le Master en finance Paris-Dauphine très renommé ne garanti rien ! Pourquoi ? Une formation ne suffit pas, des qualités de résistance au stress, des connaissances poussées des outils statistiques et mathématiques sont nécessaires pour devenir un trader et surtout obtenir des résultats pour conserver sa place.

Enfin les gains dans le trading sont le résultat du travail de toute une équipe et rarement le fait d’une personne solitaire. D’où la nécessité d’avoir les meilleurs et de conserver les éléments d’une équipe gagnante. C’est un peu comme une équipe de foot : sans Zidane l’équipe de France perd un atout et en cohérence de jeu. D’où les sommes astronomiques payées par le real de Madrid pour l’avoir dans son club. Pour autant Zidane seul ne fait rien.

Le milieu bancaire et de la finance et très concurrentiel. Les banques sont comme des clubs de foot qui s’arrachent les meilleurs joueurs ou les joueurs clefs pour constituer la meilleure équipe et sont prêts à payer le prix car l’investissement est plus que rentable.

S’ils ne s’estiment pas assez bien payés les traders iront ailleurs, chez le concurrent. Pour la société française ce n’est pas bien grave, ils ne sont pas indispensables. « Qu’ils aillent ailleurs » s’exclame Arnaud Montebourg. Par contre pour la banque c’est une catastrophe car elle se prive d’une source de profit et de rentabilité très importante (L’essentiel des profits des banques, notamment française, est assuré par l’activité de spéculation ou, dans le jargon, activité de marché).  D’où un certain autisme sur la question des bonus des traders de la part des banquiers convoqués pour la 7ème fois à l’Elysée.

Ce qui est choquant ce n’est pas le grain du trader en lui-même, mais la forte disparité de revenu que génère le système financier actuel. Un système financier qui permet à des traders de gagner des millions aux côtés d’une grande majorité de petits revenus avec des millions d’emplois précaires et de chômeurs.

Finalement en se focalisant sur le bonus des traders ont évite de s’interroger sur le cœur du problème et de poser les questions gênantes: comment un tel système financier injuste et pervers a pu se mettre en place, quels sont les responsables et surtout pourquoi les Etats on tant de mal à imposer un système financier sain ?


Retraite à 67 ans : quelle réalité ?

juin 19, 2009

2009_06_19_retraite_67_ansLa population occidentale vieillit de plus en plus, vit de plus en plus longtemps. Face aux problèmes de financement des retraites (plus en plus de retraités vivant plus longtemps pour une population de jeunes en baisse) la logique voudrait que l’âge de la retraite soit repoussé de 60 à 67 ans. D’ailleurs nos voisin allemands ne l’on t-il pas déjà fait ? Certes mais la situation et le contexte social en Allemagne ne sont pas tout à fait les mêmes.

Il n’y a pas d’âge légal de la retraite en France

En France il n’y a pas d’âge légal pour la retraite. La retraite à 60 ans qui, si elle est porté à 67 ans, indique que le taux plein (à 100%) des indemnités retraite se fait à cet âge là. Bref il s’agit d’un âge limite définit à la sécurité sociale. Bien entendu il faut avoir cotisé un nombre de semestres suffisant. Or ce n’est pas forcement le cas de la plupart des salariés qui ont commencé à travailler vers 22 ans, 23 ans ce qui fait automatiquement reculer l’âge à 62, 63 ans.

Une question de mentalité

Enfin il y a en France un problème grave de mentalité : celui où l’on considère que l’on est trop vieux pour le monde de l’entreprise. Les sociologues s’accordent pour dire que cette limite d’âge est d’environ 45 ans. Dans leur ensemble, les entreprises souhaitent donc se débarrasser des salariés de plus de 45 ans et embaucher des plus jeunes. C’est indéniablement une perte de savoir et de compétence considérable ! Mais cela coûte moins cher sur le court terme… ce qui compte pour l’actionnaire. Et bien évidemment, de ce fait, retrouver un emploi après 45 ans devient un vrai parcours du combattant.

Le souhait d’une vie professionnelle moins stressante

Il y a un souhait de plus en plus marqué de la part des salariés de plus de 55 ans de cesser leur activité. Pourquoi ? Il y a les métiers à forte pénibilité mais aussi la pression de plus en plus forte qui s’exerce sur les professions cadres. Selon la médecine du travail, 66% des cadres souffrent d’un stress important. Une grande partie du monde salarié aspire donc à une vie plus tranquille, moins stressante avec un recentrage sur les valeurs familiales.

La question des recettes: l’activité économique et le niveau des salaires

Enfin la question du financement des retraites est surtout lié à un problème de recettes. L’économiste Bernard Maris sur France 5 faisait observer que si l’on augmentait la part des salaires de 1 à 2% dans la création de la valeur ajoutée, il y aurait un gain de 20 à 30 milliards d’euros de recette pour la sécurité sociale. Cela indique donc que les salaires en France sont trop faibles. Conclusion : fixer la retraite à 67 ans ne résoudra qu’en toute petite partie les problèmes de financement que la crise économique, d’ailleurs, aggrave largement : 1 million de chômeurs en plus c’est autant de cotisants en moins.


Après un fort rebond des bourses mondiales, c’est de nouveau la déprime. Qu’est-ce que cela signifie?

juin 17, 2009

2009_06_17_bourseLes places financière mondiales ont repris leur mouvement de hausse entre mars et début juin. Mais depuis une semaine et demi, les cours, après une relative stagnation, repartent à la baisse. Est-ce une raison dite technique (comme des prises de bénéfices des investisseurs, le faible volume de transactions…) ou est-ce une tendance de fond ? Il semble bien que ce soit la deuxième option. Comment cela ?

Les différents investisseurs acteurs sur les marchés financiers ont anticipé un peu trop rapidement une reprise qui finalement ne vient pas. La reprise est tellement espérée que l’on en vient à interpréter le moindre signe, le moindre indice « moins mauvais » comme autant de preuve que la récession touche à sa fin. L’expérience et la théorie économique montraient qu’après une récession se succède, au bout de 9, 10 mois, une forte reprise. C’est la fameuse courbe en « V ».

Seulement là, la récession a un caractère exceptionnelle, encore jamais vu depuis l’après guerre. C’est croire naïvement que finalement après la pluie le beau temps. Alors pourquoi s’inquiéter ? Seulement la pluie dure. Mais le système bancaire n’est-il pas guérit maintenant ! Tout devrait aller mieux ? Ah ! bon qui dit cela ? Les banques justement.

La durée de cette crise montre bien que les « subprimes » aux USA n’étaient qu’un symptôme qui cache un problème de fond : celui de la répartition de la richesse. Tant ce problème ne sera pas réglé, en toute logique, la pluie n’a aucune raison de cesser. C’est un peu ce que viennent de comprendre les marchés financiers.


Les actifs toxiques, qu’est-ce que c’est ? Pourquoi la finance mondiale est paralysée ?

mai 25, 2009

2009_05_25_actif_toxiqueLa banque commerciale dispose de placements (des actifs), sous forme de titres, comme toute personne physique qui désire placer son épargne et retirer un intérêt le plus avantageux possible.

Lorsque la banque a besoin d’argent liquide pour faire face à ses engagements financiers, elle cède (ou revend) ses titres de placement, là encore comme toute personne physique rationnelle.

Seulement pour pouvoir revendre ses titres et obtenir en échange l’argent frais, il faut bien que quelqu’un les lui achète. Mais quand il n’y a personne la banque se trouvé donc « coincé » et ne peut pas obtenir l’argent frais dont elle a besoin. Ses titres (invendables) deviennent alors des actifs, que l’on appelle, toxiques.

Origine de la toxicité des actifs

Pourquoi les titres des banques ne trouvent-ils pas d’acheteur ? Tout simplement parce que les acheteurs (banques commerciales, institutions financières, assurances, gros investisseurs privés non bancaires…) sont devenus méfiants, ils ont peur d’acheter quelque chose qui ne vaut plus rien. Un peu comme une voiture d’occasion qui ne trouve pas preneur car les acheteurs n’ont pas confiance, ils ont peur qu’il y ait un vice caché (comme accident non déclaré dissimulé).

Pour revenir à nos titres financiers, les acheteurs potentiels ont donc peur qu’ils ne cachent (grâce à la titrisation) des crédits « subprimes » insolvables. Ainsi beaucoup de banques commerciales se trouvent piégées par ces actifs toxiques. Comme la méfiance est généralisée dans la planète finance, même les actifs qui sont sains peuvent à leur tour, devenir toxique (car personne n’en veut).

Pertes et recapitalisation

C’est ainsi que les banques commerciales doivent passer ces actifs toxiques dans la case « pertes et profits » et trouver de l’argent frais autrement, notamment auprès d’investisseurs : c’est la recapitalisation.


« Stress test » d’une banque c’est quoi ? Que veut dire le « stress test » des 19 plus grandes banques américaines ?

mai 9, 2009

2009_05_09_stress_tesUn « stress test » est une mise en condition extrême pour voir ce qu’il se produit, pour étudier le comportement des différents éléments et détecter les points faibles. Le « stress test » se pratique dans différents domaines : dans le secteur high-tech (comme des processeurs), en médecine (comme en cardiologie) et aussi le secteur financier notamment les banques.

Le « stress test » dans le milieu bancaire

Chez les banques, le stress test consiste à voir si la banque a suffisamment d’argent (de capitaux propres notamment) pour faire face à des scénarios de crise et éviter ainsi une faillite. Cela pour éviter de subir un nouveau « stress test » grandeur nature et « en live » comme le secteur financier l’a connu au dernier trimestre 2008.

Les comptes de la banque sont donc recalculés sous ces conditions de crise. Ainsi on se pose les questions du type :

Que se passe t-il dans la banque si les bourses mondiales chutent à nouveau de 10%, 20%, 30% cette année?
Que se passe t-il dans la banque si les taux d’intérêt remontent de X% ?
Que se passe t-il dans la banque si la récession est de –Y% cette année et l’année prochaine?

Stress tests : 10 banques sur les 19 plus grosses banques américaines ont encore besoin de 74,6 milliards de dollars au total.

Aux Etats-Unis, les 19 plus grandes banques (qui détiennent 66% des actifs) ont été soumises au « stress test ». Il en résulte que 10 d’entre elles auront encore besoin de 74,6 milliards de dollars au total. Mais « Bank of America » à elle seule représente la moitié de ces besoins en capitaux (notamment à cause du rachat de Meryll Linch) et devra trouver 33,9 milliards de dollars.

Il en résulte aussi que si la récession est toujours aussi forte en 2010, les banques pourraient perdre au total près de 900 Milliards de dollars sur la période 2007-2010.

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Le G20 : succès ou échec ? Cette réunion du G20 est-elle le début de la fin de la crise ?

avril 3, 2009

2009_04_02_g201Quel succès ?

Le G20 est un succès dans le sens où elle a permis de réunir les 20 plus grands Etats industrialisés (soit près de 95% du PIB de la planète), notamment des pays émergeants comme le Brésil, la Chine, l’Inde. Enfin ces pays se sont tous mis d’accord sur la nécessité de mettre des règles à la finance internationale et de soutenir le système.

. Ils ont établit des objectifs communs précis notamment en luttant contre des paradis fiscaux par l’émission d’une liste noire et une liste dite grise (paradis fiscaux qui ont pris des engagements qui doivent encore être concrétisés par des actes ).
. Le FMI verra ses moyens financiers considérablement augmentés afin d’aider des pays en difficulté grave comme, entre autre, la Roumanie ou la Hongrie.
. Un plan a été proposé pour débarrasser le système financier mondial des actifs toxiques qui empêchent les banques de faire davantage de crédit à l’économie réelle.

Cependant ces objectifs et annonces doivent se traduire en acte. Se pose donc le problème de la mise en place. Il faudra attendre quelques mois pour vraiment voir s’il y a du concret, si les actes suivent. Les politiques, par leurs déclarations, jurent que oui.

Quel échec ?

Mais toutes ces propositions du G20 n’apportent pas de solution directe à la crise économique mondiale même si Barrack Obama aurait souhaité aborder ce point notamment par un plan de relance plus ambitieux en Europe.

Il y a là le germe d’un échec. Pourquoi ? Pour l’opinion publique la finance internationale et ses problèmes est un vaste charabia incompréhensible. L’opinion publique voit et vie la crise au quotidien par la monté du chômage, la peur pour son emploi et l’incertitude de l’avenir qui grandit. Consciemment ou inconsciemment, l’opinion publique attend que ce G20 ait une répercussion positive sur le quotidien ou au moins soit l’amorce d’une fin de crise. Et c’est ce qui importe. Mais elle va être bien déçue. Les déclarations très optimistes, voire euphoriques, des différents chefs d’Etats risquent de passer pour une vaste autosatisfaction. Le danger est donc de se décrédibiliser aux yeux de l’opinion publique.


90 millions d’euros de bonus pour les traders de Natexis : le sommet du n’importe quoi ?

mars 27, 2009

2009_03_27_trader_natexisLes traders de la banque d’investissement Natexis vont se partager, au titre de l’exercice 2008, 90 millions d’euros au total. Mais comment le personnel d’une banque dont les pertes s’élèvent à 2,8 milliards d’euros en 2008 et qui a reçu près de 5,6 milliards d’euros d’aide de l’Etat, peut se répartir une telle somme d’argent ?

L’annonce nourrit davantage l’indignation dans ce climat de crise et de chômage ! Mais dans l’émotion suscitée peu s’interroge sur ce qu’est un trader et surtout comment est basée sa rémunération. On se rend compte alors que le scandale est à nuancer et ne se trouve pas forcement là où on le pense. Explication :

Comment un tarder est rémunéré?

Un trader a, comme un commercial, une rémunération fixe (qui varie entre 2000 et 3500 euros pour un junior) et une rémunération variable liée directement à ses résultats (notamment l’atteinte d’objectifs de gains fixés par sa hiérarchie). Donc si Natexis est prête à distribuer 90 millions d’euros à ses traders c’est qu’ils ont particulièrement bien travaillé et ont rapporté beaucoup d’argent à leur banque.

Pourtant la banque a enregistré 2,8 milliards de pertes tout de même ! Certes, mais ces pertes sont surtout liées aux dépréciations d’actifs (voir article du blog du 8 mars 2009 sur la norme IRFS ) dues à des placements douteux d’actifs dit « toxiques ». Bref ! Rien à voir avec l’activité de trading qui a certainement limité les pertes de Natexis et les sommes à donner par l’Etat donc le contribuable.

Le bonus d’un traders n’a, donc, absolument rien à voir avec les stocks options où les bonus des dirigeants de grandes entreprises qui sont liés à une entente contractuelle avec les actionnaires. Donc la rémunération du dirigeant ou des cadres dirigeants n’est pas forcement liée aux résultats comme nous le révèle l’actualité économique. Le scandale est bien là.

Peut-on supprimer le bonus des traders ?

Légalement il est possible de supprimer le bonus des traders. Mais paradoxalement les conséquences pourraient être néfastes. Pourquoi ?

Le trading est une profession extrêmement sélective. Il ne suffit pas de jouer des sommes devant des écrans d’ordinateurs. Il faut gagner à chaque coup ! Outre le fait d’être diplômé d’un BAC+5 en finance ou d’une école d’ingénieurs, il faut avoir des qualités psychologiques notamment dans la résistance au stress, à la pression et à la fatigue, de prendre les bonnes décisions en quelques secondes. Un métier pas fait pour tout le monde et pour profils très particuliers. Supprimer la rémunération liée au bonus rendra la profession de trader peu attractive et risque de condamner une activité très lucrative pour la banque, laquelle devra donc trouver une autre façon de faire ses marges. Comment ? Notamment en augmentant les marges pratiquées dans le crédit en le rendant plus cher.


Les stock-options de la Société Générale : scandale et mauvaise communication

mars 23, 2009

2009_03_23_stock-optionsjpgCe mercredi 18 mars a été le théâtre d’un scandale qui a fait réagir toute la classe politique ainsi que des syndicats. Plus que de scandale il s’agit d’une très mauvaise communication surtout en ce moment. Pourquoi ? Il faut savoir que la distribution de stock-options ne donne lieu à aucun versement d’argent, seulement un droit qui donne la perspective d’un gain potentiel au bout d’un certain temps : ici 3 ans. Les stocks-options ce ne sont pas des bonus ou des primes comme se fut le cas chez AIG.

Concrètement 4.800 cadres de la société générale auront le droit d’acheter, dans 3 ans, des actions (en nombre limité) au cours de 24 euros (celles-ci valent au moment de l’écriture de ce billet 31 euros). Si dans 3 ans le cours de l’action de la société générale est supérieur à 24 euros les 4.800 cadres en question pourront les acheter (au prix donc de 24 euros) et les revendre aussitôt au prix du marché (certainement bien supérieur à 24 euros). Bien entendu les plus-values dégagées par les stock-options sont soumis à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales.

Les stock-options sont un moyen peu coûteux pour l’entreprise, de fidélisation des salariés (qui concerne davantage les cadres dirigeants).

Le vrai scandale concerne plutôt les 4 dirigeants principaux de la Société Générale qui s’octroient la grosse part du gâteau que leurs 4.800 cadres dont la banque a besoin de fidéliser afin d’éviter la fuite de compétence.

Sous la pression populaire et politique, les 4 dirigeants ont finalement renoncé à leurs stock-options. On peut s’étonner de la communication désastreuse, surtout dans le climat actuel où ce n’est pas le moment d’attiser les tensions. Une publicité bien plus négative pour la Société Générale que la fameuse affaire Kerviel où, là encore, les dirigeants se sont empressés de se dégager de toute responsabilité.