L’honnêteté du constructeur Renault se retourne contre lui ?

juin 22, 2009

2009_06_19_renaultRenault a estimé que le marché automobile européen (notamment en ce qui concerne la firme française soit 63% de son marché total) ne connaîtrait pas d’amélioration que dans 1 an soit au mieux vers le deuxième semestre 2010. Bien mal lui en a pris !! car l’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé, vendredi soir, la note de crédit long terme du constructeur automobile. La note passant ainsi de BBB- à BB . En effet l’agence estime que la persistance de la morosité du marché automobile affecte Renault dans sa rentabilité et donc dans sa capacité à rembourser ses emprunts.

Quelles conséquences ?

Outre la chute du titre Renault en bourse, les conséquences sont loin d’être négligeables : Renault devra payer des intérêts plus élevés sur les emprunts qu’elle lancera auprès des instituts financiers qui, eux, se basent sur ces notes des agences de notation. Issue de ces frais financiers supplémentaires, c’est la rentabilité qui s’en trouve affectée. Enfin Renault, en terme de santé et de solidité financière inspirera moins confiance. Bref un vrai cercle vicieux.

La question de l’honnêteté et de la transparence.

Compte tenu de cela, finalement est-ce que Renault n’aurait pas dû divulguer une sérénité de façade face à la perspective du marché automobile et publier une analyse faussement optimiste? Cela aurait été dans son intérêt. Quand on connaît la pression des actionnaires peut-on penser que les entreprises font preuve d’autant d’honnêteté et de transparence que Renault ? On peut largement en douter.
Au-delà de Renault, cet exemple montre que les banques (et aussi le système financier) n’ont pas non plus intérêt à divulguer de mauvaises nouvelles économiques pour éviter le même désagrément.


Bonne nouvelle : les relocalisations, une nouvelle tendance qui se confirme

mai 15, 2009

2009_05_15_relocalisationPhénomène nouveau qui prend de l’ampleur sans pour autant être une tendance de fond : celui des relocalisations. De plus en plus d’entreprises de l’hexagone rapatrient leur production délocalisée dans les pays dits « à faibles coûts de main d’œuvre». Difficile de quantifier l’ampleur de ce mouvement. Mais les exemples d’entreprises qui ont franchit le pas sont de plus en plus nombreux. Celles qui n’ont pas encore relocaliser mais qui y réfléchissent sérieusement sont encore plus nombreuses.

Les avantages sur le papier sont moins évidents dans la réalité.

Si les calculs sur la papier ne laissent aucun doute, le doute est par contre dans la réalisation. Pourquoi une telle différence entre le calcul et le constat pratique ? Il y a quatre raisons principales:

.1 Il y a d’abord le coût du transport qui se révèle plus cher avec l’augmentation du prix de l’énergie. Certes le cours du pétrole est fortement redescendu depuis. Mais à terme, du fait de la limitation physique des réserves le prix ne restera pas à ce niveau plutôt bas. Selon le quotidien, les « echos.fr », en 2000 avec un baril à 20$, le prix du transport représentait un surcoût de 3% sur un produit manufacturé. Aujourd’hui il est de près de 11%.

.2 Le coût de la main d’œuvre lui aussi augmente dans les pays émergeants. Avec une augmentation salariale de plus de 50% en 2008 après une augmentation substantielle du même type en 2007, Dacia en Roumanie est un très bon exemple.

.3 La part de la main d’œuvre dans les produits manufacturiers à moyenne valeur ajoutée n’est pas aussi important que cela. Elle est souvent comprise entre 7% à 18% du prix du produit.

.4 Il y a le coût de la non-qualité. C’est souvent des coûts invisibles, difficilement calculable mais bien réels. Les dégâts en terme d’image doivent être rattrapés par des dépenses supplémentaires de SAV, de dépense marketing et de communication. Renault par exemple paie encore les défaillances de certains modèles notamment en terme d’électronique. La méfiance du consommateur est tenace et les 250 millions de dollars investis en de F1 pour améliorer l’image n’y changeront rien.

Un calcul du coût de la main d’œuvre souvent faux

. Sous la pression des financiers et du résultat de court terme, les industrielle oublient trop souvent que le salaire n’indique pas le coût de main d’œuvre. Il faut ramener ce coût salarial à la productivité. Cela est trop souvent ignoré. C’est vrai qu’il est tellement plus simple de s’extasier devant un salaire de 1$ l’heure d’une ouvrière chinoise. Mais si celle-ci produit, pas exemple, 30 pulls à l’heure (soit 0,034$ par pull), elle reviendra beaucoup plus cher qu’une ouvrière française à 10$ de l’heure mais qui sort 400 pulls (soit 0,025$ par pull), durant la même période. Et tant bien même que l’ouvrière chinoise pourrait produire le même nombre de pulls, la machine qu’elle devra utiliser lui imposera une qualification bien plus élevée. Et son salaire ne restera pas à 1$ de l’heure.


Zone euro : quelle évolution de la crise ? Reprise en 2010 ?

mai 14, 2009

2009_05_14_production_indusDepuis quelques temps certains économistes et gouvernements voient des signes positifs. Est-ce que la reprise sera pour 2010 comment annoncée ?

Selon les études d’opinions et notamment les études sur le moral des entrepreneurs, le climat semble des affaires se ressaisir. Mais ces études ne reflètent pas forcement la réalité du terrain, même s’il s’en approche.

L’indicateur le plus représentatif de cette réalité est la croissance de la production industrielle. Pourquoi ? C’est autour de l’industrie que gravitent les entreprises de prestation de services (Conseil, publicité, etc.) et du service à la personne : deux secteurs grands pourvoyeurs d’emplois. Sans noyau industriel stable et solide, le secteur des services ne peut pas se développer. C’est la croissance économique qui s’en trouve ainsi menacée.

2009_05_14_Production_indus

Lien entre l’industrie est les secteurs du service et du service à la personne

Or les derniers indicateurs de la production industrielle dans la zone euro ne laisse pas vraiment encore la place à l’optimisme : celle-ci a chuté de 2% en mars selon Eurostat ce qui représente une régression de 20,2% sur un an. En février la chute de la production industrielle était un peu plus sévère : – 2,5% soit une régression de –19% sur l’année.

Ces mauvais chiffres de la production industrielle indiquent bien que les signes positifs repérés ici et là ne restent que des signes. Certes la chute devient moins forte, mais l’économie européenne et mondiale chute toujours, ce qui revient finalement au même. Difficile de prévoire quand cette chute s’arrêtera et surtout difficile de croire que la reprise, quand elle aura lieu, sera vigoureuse.


Comprendre la crise: où sont allés les profits des entreprises en 2008 ?

avril 16, 2009

2009_04_16_dividendesLes entreprises peinent à investir, les banques sont assez fébriles dans la distribution du crédit. Le lien est alors assez rapide à faire : si les entreprises, dans leur ensemble, n’arrivent plus à investir c’est la faute aux banques. Conclusion simple mais pas tout à fait vraie. Il y a deux éléments qui expliquent cette difficulté.

Comment sont redistribués les profits nets des entreprises?

1. Effectivement les affaires se dégradent ce qui se répercutent sur la rentabilité : les capacités de production des entreprises sont utilisées à hauteur de 69,8% % en France (près de 69,3%, % aux USA, le plus bas depuis 1967 date de la création de cette statistique). Le risque dans le prêt aux entreprises est donc plus grand pour les banques qui se montrent logiquement plus prudente (d’autant qu’il leur a été reproché d’avoir pris des risques inconsidérés auparavant).

2. Mais surtout, les entreprises ont reversé près de 75% de leurs profits nets (après impôts) à l’actionnaire et n’en ont gardé que 9% pour l’investissement et 15% pour l’intéressement aux salariés (sous forme de participations). C’est ce qui en ressort d’un petit calcul qu’à fait le mensuel économique « alternatives économiques » en analysant les chiffres de l’INSEE des entreprises en 2006. Pas étonnant donc que les entreprises aient du mal à financer les investissements pour trouver des nouveaux relais de croissance.

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 Et les entreprises du CAC 40 ?

Les 40 plus grosses entreprises françaises n’échappent pas non plus à cette tendance, bien au contraire. Elles ont dégagé 94 milliards de profits, soit un bénéfice net (après impôts) de 59 milliards d’euros. (l’Etat recevant donc 35 milliards). Les bénéfices nets des sociétés du CAC 40 recul de près de 41% par rapport à 2007. Les dividendes versés à l’actionnaire sont de 37,5 Mrd d’euros soit une baisse de « seulement » 8% par rapport à 2007 ! Les dividendes versés à l’actionnaire représentent près de 63% du profit net. Mais pour faire monter le cours de l’action et améliorer quelques ratios, les entreprises du CAC 40 ont racheté pour 11,2 Mrd d’euros de leur propre action. Il ne reste que 10 Mrd d’euros pour l’investissement soit à peine 17%.

Souhait du Président de la République et le mauvais exemple des entreprises publiques

On est donc bien loin du souhait du président de la république dans son intervention télévisée de février 2009 qui voulait une répartition de du bénéfice net à hauteur de 1/3 pour les actionnaires 1/3 pour l’investissement et 1/3 pour l’intéressement aux salariés.

Les entreprises ayant l’Etat comme principal actionnaire, ne donne pas du tout l’exemple. Pour preuve: en 2008 EDF distribue 73% de ses bénéfices à ses actionnaires, GDF Suez 74% et France Telecom 90%.


Dépôt de bilan de Général Motors. Est-ce la fin du constructeur automobile ?

avril 11, 2009

2009_04_10_gmLe chapitre 11

Le dépôt de bilan se précise pour le géant automobile américain. Est-ce que cela signifie que l’entreprise va disparaître ? En fait non pas du tout. GM sera sous la protection de la loi contre les faillites. Dans le jargon américain on dit que la société sera sous la protection du chapitre 11. C’est une disposition, très encadrée (sous le contrôle d’un comité composé des principaux créanciers) qui permet à une entreprise de suspendre le paiement de ses dettes et autres obligations financières. Et, bien entendu, un plan de restructuration doit être présenté aux autorités américaines et validé par le comité.

GM pourrait t-il disparaître purement et simplement ?

GM a reçu depuis l’automne tout de même près de 13,4 Milliard de $ d’aide de la part de l’administration américaine. Pourquoi tant d’aide ? Certes GM est un symbole aux USA mais surtout l’entreprise représente environ 3 millions d’emplois directs et indirects (par la sous-traitance). Donc peu de chance que le premier constructeur américain disparaisse, c’est à dire qu’il soit liquidé (à savoir l’application du chapitre 7 de la loi américaine contre les faillites).

Enfin GM a quand même quelques petits atouts notamment le marché chinois où le constructeur arrive encore à faire progresser ses ventes (+ 24,6% en mars 2009) à près de 137 004 unités et compte en vendre 2 millions d’ici 5 ans.


Caterpillar : pourquoi la séquestration de dirigeants ?

avril 1, 2009

2009_03_30_caterpillarHier soir je me suis retrouvé devant l’usine de Caterpillar de Grenoble qui fait l’actualité. Les télés et les caméras étaient installées dans la cours de l’usine. Pourquoi était-je là ? Non, je ne comptais pas faire un reportage ni de me transformer en médiateur. Je me rendais, tout simplement, à un cours particulier d’économie d’une lycéenne de 1ère ES qui habite tout juste en face de l’usine. Sur les conséquences de la crise économique, elle avait un exemple concret juste sous sa fenêtre.

J’ai pu discuter avec un des grévistes en faction devant la cours de l’usine. Pas de doute, les 2500 salariés du site de Grenoble et d’Echirolles (banlieue grenobloise) sont très nerveux, inquiets assez déterminés. Certes il ne s’agit « que » de suppressions de 733 emplois. Mais la peur est de voir à terme la fermeture totale du site. Il n’y a plus de promesse qui tienne : l’exemple de Gandrange en Lorraine ou de Continental dans l’Oise sont dans les esprits.

Une réalité assez dure et un reclassement difficile

Certains pourraient dire que « finalement ils ne sont pas les seuls, il y a bien eu 80.000 chômeurs de plus en février ! Ils toucheront des indemnisations conséquentes avec 2 ans de chômage pour retrouver un emploi ! »

Ce raisonnement assez logique est en fait assez simpliste et cache une réalité plus dramatique.

. En France, les seniors n’ont pas bonne presse dans les entreprises. A partir de 45 ans il devient plus difficile voire parfois impossible de trouver un travail dans son domaine d’activité.
. La plupart des salariés de Caterpillar ont des compétences bien particulières (comme le montage hydraulique) qui ne sont guères demandées dans l’industrie. Les salariés dans les fonctions de direction auront beaucoup moins de difficulté pour retrouver un emploi à terme. Mais ce n’est pas eux qui font grève.
. L’industrie française est très mal et ne va certainement pas embaucher durant quelques temps. Elle supprimera plus d’emplois qu’elle n’en créera.
. Enfin la crise semble durer selon les analyses des économistes de l’OCDE qui ne sont en rien des cassandres. Si 2009 sera terrible avec une croissance prévisionnelle de – 3,3% 2010 n’apportera pas plus d’espoir avec une prévision de – 0,1% de croissance en France.

Plus rien à perdre

Tous cela les salariés de Caterpillar le savent rendant ainsi les efforts de reclassement peu efficaces. La peur n’est pas le chômage, mais le chômage de longue durée débouchant à terme sur une forme d’exclusion du monde du travail. A cela s’ajoute la réalité des crédits à rembourser et des charges à payer. En cas de défaillance les banques et les Huissiers ne s’attardent pas sur le pourquoi et ne font guère de sentiment.

La multiplication de cas de séquestration de dirigeants est davantage le signe d’une inquiétude exacerbée, du « on a plus rien a perdre » que le fait de mouvements gauchistes extrémistes qui profiteraient de la situation.


General Motors (GM) : grande victime de la hausse du coût du carburant.

juillet 16, 2008

C’est le dépôt de bilan qui menace chez le constructeur américain GM. La hausse continue du prix du carburant a fortement  changé la donne sur le marché de l’automobile aux USA. Les gros 4×4 et autres « pick-up » gourmands en carburant (modèles phares qui assurent une grande part du chiffre d’affaires et surtout une rentabilité confortable) voient leurs ventes s’effondrer brusquement : moins 25% pour l’année 2007. Le marché automobile américain a chuté de 21% selon le cabinet Autodata. Et cette tendance semble même s’accélérer en 2008. Conséquence : restructuration draconienne est brutale. 4 usines GM vont être fermées, la marque « Hummer » est à vendre ou, à défaut, sera purement liquidé.

 

Le marché de l’automobile réclame des véhicules sobres en consommation, donc favorise les petits modèles et les modèles hybrides. Toyota, le N°1 de l’automobile l’a bien compris : les 4×4 seront délaissés et les véhicules hybrides deviennent la priorité. Le modèle phare de Toyota, la « Prius », vendu à plus de 1 million d’exemplaire et produite jusqu’à présent exclusivement au Japon, le sera aussi aux USA (A ce propos que font nos constructeurs hexagonaux ?!).

 

La restructuration ne concerne pas seulement GM, mais aussi les 2 autres gros constructeurs américains: Ford et Chrysler.

 

Une restructuration coûte très cher en termes financiers. Un laps de temps est nécessaire avant que les fruits (10 milliards de $ d’économie estimée) puissent être récoltés. Ainsi GM doit faire face à 35 milliards de $ de dette (qu’il faut bien rembourser). Le constructeur affirme détenir 23,9 milliards de $ de trésorerie (argent disponible en banque) et d’une possibilité de crédit de 7 milliards de $. Mais cet argent frais immédiatement disponible pour faire face aux échéances fond à vu d’œil : 5 milliards ont été dépensés au second trimestre pour assurer les coûts de la restructuration. Les analystes estiment que la trésorerie diminuera de 1 milliard de $ par mois. L’agence de notation Moody’s, a dégradé la note de GM à « B3 » ce qui atteste d’une santé financière très fragile.


Opération de fusion / acquisition: attention danger!

mai 31, 2008

La fusion entre les entreprises, surtout les grosses, est devenue une généralité. Pourquoi? Diminution des coûts par effet d’économie d’échelle (baisse des coûts unitaires avec l’augmentation des quantités produite et vendu) ou par effet de synergie.

Pourtant le résultat final est loin d’être toujours probant. Il suffit de voir le divorce entre Daimler et Chrysler, les difficultés de HP en absorbant Compaq (et qui a valu le limogeage de sa PDG) et enfin les difficultés sans fin d’Alcatel en fusionnant avec son homologue américain “Lucent”: 3,5 milliards de pertes en 2007, un premier trimestre 2008 dans le rouge. Enfin “une casse” sociale importante: 1.400 suppressions d’emploi en France, 10 fois plus dans le monde. Rien ne semble y faire! Pourquoi?

Parce que l’entreprise est faite d’hommes et de femmes. Une fusion est un choc : choc de culture, de pratique de travail… Enfin il y a la peur, l’incompréhension qui amène à un repli sur soi, à un étouffement des initiatives, de la créativité. Des compétences se perdent par les démissions. Certes Alcatel souffre d’un positionnement sur un marché très concurrentiel. Mais il semble que l’entreprise ait perdu ceux qui pouvaient trouver la solution pour s’adapter.

Cela montre que le mode de pensée selon laquelle « personne n’est indispensable » est en train de se retourner contre ceux qui l’adoptent.