Quelle crédibilité des prévisions économiques ?

mai 24, 2009

2009_05_23_prevision_ecoJ’ai fait un petit exercice : j’ai recherché les articles (de journaux sérieux) économiques sur les prévisions de croissance des gouvernements et autres instituts de conjoncture faites fin décembre 2008 : soit en pleine tornade financière et une production manufacturière à l’arrêt. C’est éloquent !

En Allemagne le très sérieux institut économique IFO (équivalent à de l’insee en France) annonçait une récession (tout de même) de –2,2% pour 2009 (notez le virgule 2 , comme si on pouvait être aussi précis !). Le gouvernement allemand était plus prudent et admettait une prévision de –3% sur l’année 2009.

Résultat des courses –3,8% pour le seul premier trimestre 2009 (avec un rythme annuel de –7%).

Pour la France, à la même période (toujours fin décembre 2008), l’INSEE annonçait une récession de – 0,4% pour le trimestre 2009. Notre ministre de l’économie était plus optimiste (au diable tous ces pessimistes et autres cassandres !) et entrevoyait une fourchette de croissance entre 0,2 et 0,5% en 2009. Réalité au premier trimestre 2009 : un recul de –1,2% après celui de –1,5% au dernier trimestre 2008. Et pour 2009 ont se dirige vers une récession de –3% quoique plus proche de –4%.

Comme quoi les prévisions économiques sont très très loin d’être une science exacte. Et comment percevoir les signes positifs annoncés de reprise ici et là.

Quelle attitude avoir alors ? rester optimiste, voir le cataclysme ? Peut être que la meilleure approche est de voir la réalité en face, surtout quand elle en fait pas plaisir ! « Appeler un chat un chat ! »


L’économie française semble mieux « résister » à la crise notamment face aux autres pays européens et aux USA. Pourquoi ?

mai 23, 2009

2009_05_23_eco_franceL’économie française semble mieux « résister » à la crise économique mondiale, ou plutôt fait moins mauvais. Au premier trimestre 2009 la récession est de –1,2% en France contre –1,8% en Espagne, -1,9% au Royaume-Uni, – 2,4% en Italie, –3,8% en Allemagne, -6,2% aux USA et enfin –3,4 au Japon.

La consommation intérieure moteur de la croissance économique

La France tire sa croissance économique principalement de la consommation, même si ce n’est pas autant que les USA (70% de la croissance). Les exportations françaises représentent 19% du PIB environ contre près de 40% pour l’Allemagne qui compte sur l’extérieur pour tirer sa croissance. Les exportations américaines comptent encore moins dans le PIB des USA : à peine 11%. Donc la sévérité de la récession de l’Allemagne est principalement due à la conjoncture mondiale et ne peut pas compter sur la consommation intérieure. Il en est de même pour le Japon 4ème grand pays exportateur.

Pourquoi la consommation des ménages résiste ?

La France est un pays qui bénéficie d’un système de protection sociale fort, avec une bonne part de redistribution d’allocations : allocation familiale, aides au logement divers, RMI etc. Cette protection sociale soutien la consommation, surtout en terme psychologique : comme les ménages se savent plus ou moins protégés financièrement (pour un temps) si un licenciement survenait, ils peuvent continuer à consommer. Ainsi ils changent assez peu leur habitude de consommation. Pour preuve est que la consommation française a progressé légèrement au premier trimestre 2009 (voir graphique).

Indicateurs du 1er trimestre 2009 par rapport au 4ème trimestre 2008

2009_05_23_graph_conso_fran

Tableau: lesechos.fr

Le consommateur français a aussi une particularité : il n’aime pas le risque, il n’aime pas s’endetter plus que de raison. C’est ainsi que les prêts immobiliers à taux variable sont marginaux en France (et encore ils sont capés, c’est à dire encadrés), contrairement aux USA, en Espagne ou au Royaume-Unis. Donc le désendettement qui produit son effet négatif est moins forte en France, puisque les ménages français sont bien moins endettés que les autres ménages étrangers.

Le cas des USA

Mais alors que se passe t-il au USA ? La consommation a une proportion encore plus importante dans la croissance économique, plus que la France !

Même si 90% des américains ont une protection sociale, celle-ci est faible. Pour s’en convaincre il suffit de regarder le film Michael Moore. Des salariés d’une ancienne usine Ford qui vient de fermer près de Détroit n’ont reçu pour toute indemnité que des tickets restaurants.

Enfin les Américains consomment beaucoup à crédit. En temps de crise l’effet désendettement des ménages sur l’économie ne peut être que très violent.

Vive le modèle français ?

La forte protection sociale est donc un très efficace coussin anti-crise. Même le journal économique ultra libéral « the economiste » célèbre le modèle français qui est « pour le moment, bien plus adapté dans les phases de crise ». Mais le revers de la médaille est un endettement élevé. Pourra t-on toujours se permettre cette protection sociale ?


Bonne nouvelle : les relocalisations, une nouvelle tendance qui se confirme

mai 15, 2009

2009_05_15_relocalisationPhénomène nouveau qui prend de l’ampleur sans pour autant être une tendance de fond : celui des relocalisations. De plus en plus d’entreprises de l’hexagone rapatrient leur production délocalisée dans les pays dits « à faibles coûts de main d’œuvre». Difficile de quantifier l’ampleur de ce mouvement. Mais les exemples d’entreprises qui ont franchit le pas sont de plus en plus nombreux. Celles qui n’ont pas encore relocaliser mais qui y réfléchissent sérieusement sont encore plus nombreuses.

Les avantages sur le papier sont moins évidents dans la réalité.

Si les calculs sur la papier ne laissent aucun doute, le doute est par contre dans la réalisation. Pourquoi une telle différence entre le calcul et le constat pratique ? Il y a quatre raisons principales:

.1 Il y a d’abord le coût du transport qui se révèle plus cher avec l’augmentation du prix de l’énergie. Certes le cours du pétrole est fortement redescendu depuis. Mais à terme, du fait de la limitation physique des réserves le prix ne restera pas à ce niveau plutôt bas. Selon le quotidien, les « echos.fr », en 2000 avec un baril à 20$, le prix du transport représentait un surcoût de 3% sur un produit manufacturé. Aujourd’hui il est de près de 11%.

.2 Le coût de la main d’œuvre lui aussi augmente dans les pays émergeants. Avec une augmentation salariale de plus de 50% en 2008 après une augmentation substantielle du même type en 2007, Dacia en Roumanie est un très bon exemple.

.3 La part de la main d’œuvre dans les produits manufacturiers à moyenne valeur ajoutée n’est pas aussi important que cela. Elle est souvent comprise entre 7% à 18% du prix du produit.

.4 Il y a le coût de la non-qualité. C’est souvent des coûts invisibles, difficilement calculable mais bien réels. Les dégâts en terme d’image doivent être rattrapés par des dépenses supplémentaires de SAV, de dépense marketing et de communication. Renault par exemple paie encore les défaillances de certains modèles notamment en terme d’électronique. La méfiance du consommateur est tenace et les 250 millions de dollars investis en de F1 pour améliorer l’image n’y changeront rien.

Un calcul du coût de la main d’œuvre souvent faux

. Sous la pression des financiers et du résultat de court terme, les industrielle oublient trop souvent que le salaire n’indique pas le coût de main d’œuvre. Il faut ramener ce coût salarial à la productivité. Cela est trop souvent ignoré. C’est vrai qu’il est tellement plus simple de s’extasier devant un salaire de 1$ l’heure d’une ouvrière chinoise. Mais si celle-ci produit, pas exemple, 30 pulls à l’heure (soit 0,034$ par pull), elle reviendra beaucoup plus cher qu’une ouvrière française à 10$ de l’heure mais qui sort 400 pulls (soit 0,025$ par pull), durant la même période. Et tant bien même que l’ouvrière chinoise pourrait produire le même nombre de pulls, la machine qu’elle devra utiliser lui imposera une qualification bien plus élevée. Et son salaire ne restera pas à 1$ de l’heure.


Zone euro : quelle évolution de la crise ? Reprise en 2010 ?

mai 14, 2009

2009_05_14_production_indusDepuis quelques temps certains économistes et gouvernements voient des signes positifs. Est-ce que la reprise sera pour 2010 comment annoncée ?

Selon les études d’opinions et notamment les études sur le moral des entrepreneurs, le climat semble des affaires se ressaisir. Mais ces études ne reflètent pas forcement la réalité du terrain, même s’il s’en approche.

L’indicateur le plus représentatif de cette réalité est la croissance de la production industrielle. Pourquoi ? C’est autour de l’industrie que gravitent les entreprises de prestation de services (Conseil, publicité, etc.) et du service à la personne : deux secteurs grands pourvoyeurs d’emplois. Sans noyau industriel stable et solide, le secteur des services ne peut pas se développer. C’est la croissance économique qui s’en trouve ainsi menacée.

2009_05_14_Production_indus

Lien entre l’industrie est les secteurs du service et du service à la personne

Or les derniers indicateurs de la production industrielle dans la zone euro ne laisse pas vraiment encore la place à l’optimisme : celle-ci a chuté de 2% en mars selon Eurostat ce qui représente une régression de 20,2% sur un an. En février la chute de la production industrielle était un peu plus sévère : – 2,5% soit une régression de –19% sur l’année.

Ces mauvais chiffres de la production industrielle indiquent bien que les signes positifs repérés ici et là ne restent que des signes. Certes la chute devient moins forte, mais l’économie européenne et mondiale chute toujours, ce qui revient finalement au même. Difficile de prévoire quand cette chute s’arrêtera et surtout difficile de croire que la reprise, quand elle aura lieu, sera vigoureuse.


Qui a raison ? Warren Buffet ou Ben Bernanke

mars 24, 2009

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Les pronostiques sur la durée de la crise économique vont bon train. Deux avis sont particulièrement écoutés : celui de Ben Bernanke président de la banque centrale américaine (La FED) et celui de Warren Buffet, l’un des hommes les plus riches du monde et investisseur avisé doublé de philanthropie. Que disent-ils ?

Ben Bernanke voit des signes encourageants dans l’économie américaine et donc une reprise pour l’année 2010. Le président de la Fed est le mieux placé pour observer l’évolution de l’économie américaine et mondiale. Mais son rôle est aussi de propager l’optimisme et de redonner confiance. Donc il est difficile de savoir comment il se positionne.

Warren Buffet pense qu’il va y avoir un brutal mouvement inflationniste qui risque de tuer toute forme de reprise. Mais justement sommes-nous pas dans un mouvement déflationniste, c’est à dire dans une tendance à la baisse des prix ? Cela est vrai, mais il y a une masse énorme de capitaux qui « sommeillent » (dans des placements à faibles rendements donc sûrs) et qui attendent des signes de reprise tangibles pour s’investir de nouveau dans le marché des actions mais aussi des matières premières.

Bref ! Ces capitaux vont de nouveau alimenter une spéculation tel que l’on a connu au printemps et été 2008 avec un pétrole à 147$ le baril. C’est ainsi qu’avec une forte augmentation des matières premières la reprise serait « tuée » dans l’œuf. La crise économique s’inscrirait donc dans la durée comme le pense Warren Buffet.

D’ailleurs les pays producteurs de pétrole (l’OPEP°) n’ignorent pas cette menace qui, sur le court terme, les avantagerait, mais beaucoup moins sur le long terme. C’est la raison pour laquelle les pays de l’OPEP ont renoncé à réduire leur production journalière (pour enrayer la baisse du cours du pétrole en rationnant l’offre) avec le risque de faire flamber de nouveau le prix du pétrole et les effets désastreux sur l’économie mondiale.

Cette crise révèle combien les différentes économies mondiales sont liées entre elles !


Le déficit extérieur français se creuse en mars !

mai 10, 2008

Le déficit commercial français atteint 4,7 milliards d’euros, en mars 2008 après 2,8 milliards en février et se monte à près de 40 milliards d’euros en 2007.

 

Annoncer des records de déficit du commerce extérieur français devient presque une habitude. Pourquoi ? Est ce dangereux pour notre pays ?

 

Certes il y a l’augmentation du prix du baril du pétrole qui gonfle les importations. Mais la cause principale est la baisse de nos exportations. Elles ont nettement reculé en mars par rapport au mois précédent. Cela montre t-il que nos entreprises ne sont pas suffisamment compétitives ? Oui et non. Disons qu’elles savent mal exporter en général, comparé par exemple aux entreprises allemandes. Notre tissu industriel manque de grosses et moyennes PME exportatrices.

 

Grâce à l’appartenance à la zone euro, ces déficits commerciaux ne sont pas, en soi, bien grave. Cependant il indique que notre tissu industriel n’est pas au mieux de sa forme. Cela ne veut pas forcement dire un manque de compétitivité. Simplement la structure de ce tissu industriel n’est pas très bonne. Par exemple : nous avons des champions nationaux principalement, les grands groupes du CAC40. En face nous avons de nombreuses petites PME qui souffrent de délais ou de retards de paiement de leurs clients, du manque de capital pour investir, un durcissement des conditions d’octroi de crédit des banques…


Dans quelle mesure la crise économique aux Etats-Unis touche le reste du monde ?

mars 31, 2008

On entend de plus en plus parler d’une récession aux Etats-Unis. Le monde économique s’inquiète ! Est-ce que les économies émergeantes comme la Chine, l’Inde ne pourraient pas prendre le relais ? Finalement n’accorderait-on pas trop d’importance à l’économie américaine ?

Malgré ce que l’on pourrait croire, la Chine n’a pas tant de poids économique que cela : « seulement » 5,5% du PIB mondiale en 2006 et 3,1% de la consommation mondiale en 2004. La Chine est surtout un pays qui tire sa croissance (et donc son PIB) des exportations (à 40%). L’Inde, ne contribue que pour 1,9% du PIB mondial en 2006 et 1,7% de la consommation mondiale en 2004. Certes, les chiffres datent un peu, mais ils n’ont guère évolué depuis.

Les Etats-Unis restent donc bien l’économie dominante avec 27,4% du PIB mondial et 32,6% de la consommation mondiale. Conclusion : lorsque l’Amérique s’enrhume l’économie mondiale éternue et elle ne peut pas trop compter sur la Chine et sur l’Inde.

Quels pays, quelles zones économiques seraient capables de reprendre le relais de l’économie américaine ? Avec 21,8% et 21,9% du PIB et de la consommation mondiale, les pays de la zone « euro » pourraient représenter une alternative. Mais de ce côté là, les nouvelles ne sont pas non plus très optimistes.

Le poids de l'économie américaine
Source: Banque Mondiale / Alternative économique avril 2008