Il aura fallu à peine 40 jours pour que le constructeur General Motor sorte officiellement de la faillite. Ça y est, c’est promis, GM va relever le défi, GM va changer, adopter une nouvelle culture, s’adapter et devenir un constructeur rentable ! Au-delà du discours lénifiant du politique (peut-il en être autrement ?) et des promesses, est-ce que le New GM peut être viable à terme ?
Ce qui est avant tout présenté est un nouvel actionnariat :
Le Trésor américain (qui a versé 50 milliards de dollars d’aides depuis décembre) en est actionnaire à 61 %, l’Etat canadien détient 12 %, le syndicat unique des ouvriers automobiles (UAW) 17,5 % et les créanciers doivent se contenter de 10 %. Les autres actionnaires ont simplement plus rien.
La question de la dette
La dette de GM passe de 172 milliards de dollars en mars 2009 à … 11 milliards de dollars ! en juillet. Un miracle ! Cela ne peut donc que donner un ballon d’oxygène à GM ? C’est à double tranchant : effectivement les intérêts à payer de cette énorme dette de 172 milliards condamnaient la rentabilité de l’entreprise, mais quel acteur privé (fournisseurs, banques, nouveaux investisseurs …) voudra de nouveau faire crédit à GM sachant que 161 milliards de dollars de créances ont été annulés ? En affaire la confiance est fondamentale. Détruite elle ne revient pas de si tôt.
Du sang neuf pour relever le défi
Il en de même en ce qui concerne les salariés sur qui reposent la réussite du défi. Or les salariés les plus brillants écœurés par l’incohérence de la stratégie de l’ancienne équipe ont déjà quitté l’entreprise. Le plan de réduction des coûts ne va pas arranger la situation : une nouvelle réduction des effectifs de « cols blancs » de 20 %, est annoncée soit 6 000 emplois. En outre, la firme supprime 35 % de ses postes de cadres supérieurs. Bob Lutz est rappelé pour diriger le marketing et dynamiser les ventes. Cet ancien cadre dirigeant membre de l’ancienne équipe (vice-président de GM en charge du plan produit global du groupe rentré en 2001) a 77 ans ! Voilà du sang neuf.
GM compte sur la création de nouveaux modèles moins gourmands en carburant pour reconquérir le marché américain, s’adapter à la demande (enfin ?) du consommateur. Mais il faut entre 2 et 3 ans pour concevoir et produire de nouveaux modèles. Pourquoi les salariés « se donneraient-ils à fond » pour leur entreprise alors qu’ils sont dans un contexte où ils ne sont que des pions ? Opel, (forme de GM Europe) qui aurait pu fournir immédiatement des véhicules adaptés à la demande du consommateur a été …. vendu !
La « Volt » la voiture électrique dotée d’un petit moteur thermique semble être un premier espoir de renouveau. Mais elle est vendue 40 000 dollars !
Le marché automobile américain au niveau de 1962
Enfin les nouveaux dirigeants comptent vendre 10 millions de véhicules pour que GM deviennent de nouveau rentable. Problème : en 2009 le marché automobile américain (principal marché de GM) est passé de 16 millions d’unités vendues (en 2006) à 9,7 millions (soit un niveau de la seconde moitié des années 1960, alors que les USA comptait un tiers d’habitants en moins). La part de marché de GM est passé à 19,3 % avec des ventes qui ont plongé de 33,6 % en juin.